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Pensées pour moi-même Details
On sent en soi-même un plaisir secret lorsqu'on parle de cet empereur ; on ne peut lire sa vie sans une espèce d'attendrissement ; tel est l'effet qu'elle produit qu'on a meilleure opinion de soi-même, parce qu'on a meilleure opinion des hommes. Montesquieu.

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Marc-Aurèle (121-180), le fameux empereur romain qui appartient à la tradition stoïcienne (la doctrine du Portique), tout le monde, ou presque, en a entendu parler. Les cinéphiles et autres amateurs de cinéma se souviennent de sa représentation dans le film de Ridley Scott (Gladiator), le père du méchant et tyrannique Commode. A quarante ans tout-juste, Marc-Aurèle devient empereur et règne ainsi sur Rome pendant deux bonnes décennies. Cette âme cultivée a laissé pour la postérité cet ouvrage, « Pensées pour moi-même », que l'on pourra toujours lire (et relire) comme un recueil de conseils avisés. Il n'est jamais trop tard pour commencer. Ce livre devrait être lu et enseigné au lycée. Cela ferait un bien fou à nos ados. Mais les adultes y trouveront aussi matière à réflexion, des préceptes de toute sorte, afin de mener une vie paisible et raisonnable. La gravité naturelle de l'auteur, sa « discipline héllénique » (autrement dit, cette méthode d'éducation qui consistait à la formation de l'esprit, à la souplesse de l'âme, à l'intelligence et à la stricte docilité du corps) contribue à faire de cet ouvrage un fort moment de lecture. Il nourrit notre âme, notre esprit. Il apporte joie et réconfort, nouvelles directions, amène à reconsidérer son propre « principe directeur ». C'est tendre et simple à la fois. Pour une bonne culture personnelle, et si l??on veut aller à l'essentiel, la lecture de cet ouvrage est hautement recommandée. On y reviendra comme source de méditation. A laisser par exemple aux W.C, quand on trône longuement pour chier et méditer. Insensible aux séductions de la gloire et de la volupté, Marc-Aurèle courait vers le but. Il sut prêter, comme en témoignent ses écrits, l'oreille à son devoir d'homme fait et accompli (de petits paragraphes dans la première moitié de l'ouvrage évoluant vers de plus longs passages de méditation). Le principe de la parole donnée, la recherche de la paix, de la justice, de la sagesse et même de la joie (on voit bien que Spinoza, l'auteur de l'Ethique, connaissait déjà cet ouvrage) sont illustrés par cette qualité de vie pratique.Partout où parut l??empereur, ça n'était qu'humanité et douceur (pour reprendre le titre d'un excellent ouvrage d'Anne Dufourmantelle que je conseille par la même occasion, Puissance de la douceur, aux éditions Payot). Bien sûr, à la mort de son épouse, Faustine, Marc-Aurèle fera un éloge touchant (même si à nos yeux, aujourd'hui, le fait qu'elle fut tendre, paisible et surtout « obéissante » peuvent prêter à sourire..., mais après tout, qu'est-ce qu'obéir, si ce n'est justement, savoir faire silence parfois, et demeurer tout autant libre intérieurement, en sachant reconnaître les qualités d'un autre être, non pas supérieur à soi, mais un être dont l'autorité est si naturelle, parce qu'un tel être témoigne tellement d'amour, tellement de douceur, d'équilibre, de connaissance humble, que l'on n'a pas envie de se révolter contre une telle personne raisonnable). L'intérêt d'un tel ouvrage, c'est donc de saisir, de comprendre que l'entraînement, l'exercice de la sobriété, la méditation personnelle, la réflexion, l'ataraxie - cette absence de trouble - peut devenir, quand la situation l'exige, l'occasion d'une prompte décision et d'opiniâtre action. Les mots clés : prudence, raison, être raisonnable, sociabilité, équilibre, paix de l'esprit, justice, philanthropie, modestie, morale stoïcienne mise en pratique, principe directeur. Alors, certes, parfois on tombera sur des lieux communs, mais les conseils et les recommandations pour vivre conformément à la nature n'échapperont à personne. Un extrait ? « Dès l'aurore, dit-toi par avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d'être mon parent, non par la communauté du sang ou d'une même semence, mais par celle de l'intelligence et d'une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d'aucun d'eux, car aucun d'eux ne peut me couvrir de laideur. » (Livre II, page 39). Ou encore : « Tout découle de là. De plus, tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie ».Plus loin, on peut lire que ce qui compte pour Marc-Aurèle, c'est de se conserver de toute passion (on est loin des romanciers d'hier et d'aujourd'hui qui n'exaltent que l'amour-passion, cette pathologie si bien décrite par Denis de Rougemont dans L'amour et l'Occident, autre ouvrage de référence, aux éditions 10/18). De se garder aussi de toute inconsidération, de toute mauvaise humeur « contre ce qui nous vient des dieux et des hommes ». J'évoquais plus haut Spinoza car en effet, l'empereur-philosophe revient souvent sur la notion de présent, sur le Bonheur, que seul le présent nous appartient. Le reste ne nous appartient pas. Les lecteurs de Sénèque comprendront aussi. Autre chose, Marc-Aurèle en insistant sur la Raison montre que c'est une arme dont on doit se servir. Cela nous évitera bien des tourments (et autres psychanalyses...). Mais dans ce monde sec et froid, bourrés de paradoxes, dans ce monde qui juge hâtivement et superficiellement ses semblables, bien trop vite, « on » a peur de la Raison. La Raison fait peur car elle procède d'une auto-discipline sans concession. Mais Marc-Aurèle, comme avant lui Paul de Tarse, et après lui, Martin Luther King, rappelle l'alliance nécessaire entre raison et douceur, douceur et prudence, fermeté et souplesse. L'une de ces vertus sans une autre ne serait plus une vertu? Et l'on perd tout : on perd son esprit et son âme et l'on fait les pires conneries. Des conneries que l??on pourra regretter toute sa vie. Autrement dit, si certaines choses ne dépendent pas de nous, d??autres en dépendent grandement. Il s??agit de réfléchir à cela. De penser aux conséquences de nos gestes, de penser à ce qui est agréable, doux et parfait. De courir ou de marcher vers le But, sans craindre quoi que ce soit. Un livre à méditer, vraiment, et à garder près de soi. Rester éveillé et serein, patient et lucide, tout est là.


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